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Bruno Putzulu, c’est tout ce que le théâtre et le cinéma français ont de meilleurs en eux, et comme le talent n’est pas que dans un sens, la comédie, il vient d’enregistrer l’album Drôle de monde.

Ce n’est un acteur de plus qui chante, mais un interprète qui met toute sa personnalité au service de textes et de musiques qui touchent au plus profond de soi.

 

 

 

bruno putzulu .  

 

 

Bruno, tout d’abord, peux tu nous faire un bref flash-back de ta jeunesse ?

 

J’ai eu une enfance normande entre mes deux frères, ma mère originaire de la région et mon père d’origine Sarde.

Je passais mes vacances en Sardaigne, il y a vraiment une partie de moi en Italie.

Je pratiquais aussi beaucoup le sport, taekwondo, football, boxe …

 

Tes racines sarde, sont elles importantes pour toi ?

 

Oui, dans le sens où j’ai connu une partie de moi qui est la bas, comme ma famille.

 

Qu’est-ce qui t’a poussé à entrer au Conservatoire national d’art dramatique ?

 

Quand j’étais en fac de lettre à Rouen, un de mes frères faisait du théâtre amateur, ça m’a décidé à prendre des cours.

Naïvement, j’ai demandé à mon professeur qu’elle était la meilleure école, il m’a conseillé le Conservatoire.

Pendant quatre ans j’ai préparé mon entrée, j’ai été accepté, et j’y ai passé trois ans.

 

Comment en est-tu arrivé à entrer à la Comédie Française, et pourquoi en as-tu été remercié ?

 

En cours d’année, lors de travaux, j’ai été repéré par l’administrateur de l’époque, Jacques Lassalle, qui faisait parti du jury du Conservatoire.

Il m’a demandé d’entrer à la Comédie Française comme stagiaire.

Puis j’ai été auxiliaire, et enfin pensionnaire.

J’ai été remercié après douze années, comme Catherine Hiegiel (sociétaire), après quarante dans l’enceinte de ces murs.

Par exemple sur ma lettre de licenciement, j’étais irréprochable, mais je manquais d’investissement.

Tout cela c’est la jalousie de petits chefs qui ont assassiné.

 

 

 

bruno putzulu dans eloge-de-l-amour-2001-01-g

 

 

 

Au cinéma, tu as tout de suite été engagé par Bertrand Tavernier pour L’appât, comment c’est passé cette rencontre ?

 

Il cherchait un comédien, il m’a fait faire des essais, et m’a engagé pour le rôle de … Bruno. C’est un très bon directeur d’acteurs.

 

Qu’est-ce qui t’incite à jouer dans tel ou tel film ?

 

C’est assez vaste, souvent la lecture du scénario, puis la rencontre avec le réalisateur.

 

Quel est le film dont tu es le plus fier ?

 

Il n’y en a pas, chaque film est un moment de vie, impossible par exemple de comparer Les gens qui s’aiment de Jean-Charles Tacchella et Eloge de l’amour de Jean-Luc Godart.

 

Tu as reçu plusieurs prix :

César du meilleur jeune espoir masculin pour Petits désordres amoureux,

Prix d'interprétation du meilleur comédien au festival du jeune comédien de Béziers et Prix d'interprétation du meilleur comédien au festival de Saint-Jean de Luz,  pour Les aveux de l'innocent,

Chevalier des Arts et lettres. 

 

Comment appréhendes-tu ces récompenses ?

 

Ca me fait très très plaisir, je suis sensible.

Puis ça fait plaisir à mon entourage.

Je prends ça comme un encouragement, un prix est le résultat d’une appréciation de mon travail.

 

Où prends-tu le plus de plaisir, au cinéma ou au théâtre ?

 

Si je suis sur le tournage d’un film, je peux avoir l’envie de me retrouver sur les planches d’un théâtre, et inversement.

On ne peut dans l’absolu comparer.

 

 

 

bruno putzulu cd drole de monde

 

 

 

On va maintenant parler de ton premier disque Drôle de monde qui est sorti au mois de mai.

Comment t’es venu l’idée de l’enregistrer ?

 

L’envie concrète est venue de textes que j’avais écris et de deux rencontres :

le compositeur Bob Lenox et le réalisateur Tony Baillargeot.

Tous deux m’ont encouragé à chanter mes textes.

 

Tu en as écrit tous les textes, on va faire un bref arrêt sur chaque titre :

 

L’amour, on te sens presque désabusé.

Bruno :

Il y a l’espoir aussi.

 

Tchecker tchecker tchecker, on peut penser à Paulo Conte.

 

Drôle de monde, pourquoi avoir choisi ce morceau comme titre d’album.

Bruno :

Ca synthétise l’ensemble du disque.

 

J’t’aimais j’t’aime plus, une rencontre avec Elsa Lunghini (T’en va pas).

Bruno : C’est une reprise d’Yves Simon qui parle des coups du temps qui passe.

 

 

 

 

 

 

Ami, l’amitié est-elle importante dans ta vie ?

Bruno :

Très importante, elle est pour un ami Olivier Paranti qui avait une grande tristesse suite à un décès très proche.

 

Quand j’étais p’tit, est nostalgique, la nostalgie est une part importante de toi ?

Bruno :

Oui très importante aussi, c’est la mémoire de mon enfance heureuse.

 

Cupidon pardon, comme un cri pour la liberté sexuelle.

Bruno :

C’est une constatation de l’impossibilité de la vie au quotidien qui me donne l’impression d’étouffer.

 

Moitié on moitié off, seul titre qui ne m’inspire aucun commentaire, et pour toi ?

Bruno :

Dans la vie on est toujours partagé.

En couple la moitié de soi est heureuse, l’autre moitié ne l’est pas, c’est tout et son contraire.

Ce qui l’emporte chez moi c’est ma liberté.

 

Les larmes de mon enfance, l’indifférence des autres face à la misère.

Bruno :

C’est aussi mon indifférence.

J’ai écrit ce texte alors que je sortais beaucoup la nuit, et quand un ami me raccompagnait au petit matin, je croisais une femme couchée sur le trottoir.

Face à la misère on est déconcerté, un peu gêné.

 

Poupée à fric, un titre qui résonne comme un cauchemar fantastique.

Bruno :

Oui, j’aurai pu la dédicacer à une des pires rencontre sentimentale de ma vie.

Le tout sous un joli masque.

 

Toutainville, après Paulo Conte, on peut entendre sur ce titre comme des résonances d’Herbert Pagani.

Bruno :

On ne me l’avait jamais dit, mais je suis preneur, c’est très autobiographie, c’est le village de mon enfance.

 

Où vont les chevaux quand ils dorment, magnifique poème superbement parlé avec une voix chaude et grave.

Bruno :

C’est une reprise d’Alain Leprest, mais j’ai choisi de ne pas la chanter, mais de la dire.

 

 

 

bruno putzulu.

 

 

 

D’où as tu puisé l’inspiration de tes chansons ?

 

De ma vie, pour faire un film ou une chanson, on part de nos vies, du monde et des gens qui nous entourent.

C’est aussi faire un pont vers les autres, ne pas rester replié sur soi même.

 

On sent comme une grande mélancolie qui en découle.

 

A l’heure du capitalisme sauvage, où il faut aller de l’avant, bouffer les autres, moi je fais les choses, pas pour écraser les autres, je suis un contemplatif.

C’est dans cette optique que j’avais écrit Je me suis régalé avec Philippe Noiret.

 

 

 

Je me suis régalé putzulu noiret

 

 

 

Comment c’est passé la conception de ce disque ?

 

Bob Lenox qui vit à Berlin m’a parlé d’Eric Saint Laurent, excellent arrangeur, qui était de passage.

Je suis vite allé la bas pour enregistrer.

 

Comment as-tu ressenti l’expérience d’enregistrer un disque ?

 

Pour moi un vrai bonheur, pouvoir entrer dans les détails de la conception, travailler avec huit musiciens.

Je pourrai rester des heures en studio sans voir le temps passer.

Maintenant ce disque à une vie.

 

Aura t’on bientôt le plaisir de te voir chanter sur scène ?

 

Oui, l’agence artistique Les visiteurs du soir, qui s’occupe de Luz Cazal, Woody Allen ou Jane Birkin, m’a préparé une tournée à travers la France avec une salle sur Paris au printemps 2011.

Ce sera un véritable spectacle, alliant théâtre et chansons.

 

Y a t’il un ou des clips de prévu, et comme tu as déjà réalisé un court-métrage, te verrai-tu à la réalisation ?

 

Il n’y en aura pas, car les clips sont liés aux passages télé, et c’est surtout les grosses maison de disques qui le font et qui négocient les passages.

Nous n’avons pas les moyens de dealer pour qu’un clip soit diffusé, et il n’est pas vraiment sur que je l’aurai réalisé.

 

 

 

bruno putzulu

 

 

 

Avec qui aimerais-tu collaborer dans un futur musicalement ?

 

J’aurai aimé avec Alain Bashung, mais dire un nom exclut d’autres personnes.

 

Aimerais-tu jouer dans une comédie musicale ?

 

Oui, beaucoup, car pour moi la chanson passe par l’interprétation comme dans mon métier de comédien.

Souvent il est dit «  encore un acteur qui chante », c’est oublier Michel Simon, Serge Reggiani ou Yves Montand qui jouaient et chantaient.

 

 

Te vois tu mener les carrières de comédien et de chanteur en parallèle ?

 

Oui car tout est en parallèle, théâtre, cinéma, télévision, tout est éloigné et mêlé à la fois, tout se fait selon des envies.

Pour faire une image, l’amour que j’ai pour papa, ne l’emporte pas sur celui que j’ai pour maman.

 

Ressens-tu la sensualité que tu dégages de par ta voix ?

 

On est mal placé pour se juger soi même, j’accepte ma voix, mais on se connaît que par les autres.

 

 

 

bruno putzulu et stephane rideau dans les passagers

 

 

 

Et une ambiguïté à l’écran avec des films comme Les passagers ou Pourquoi pas moi ?

 

Ce sont des films différents, mais l’ambiguïté est soulevée quand la sexualité intervient.

On ne me dit pas que je tue dans la vie si je joue le rôle d’un tueur.

Je ne suis pas homo, mais ça ne me gêne pas d’en jouer, il faut respecter la vie de chacun, et par mon interprétation, ne pas caricaturer.

 

Quand des films comme l’excellent Monsieur N ne rencontre pas le public, est-ce que ça te blesse ?

 

Pour ce film ça a du être plus difficile pour Philippe Torreton et Antoine de Caunes qui en est le réalisateur, là je n’avais qu’un petit rôle.

Ca me touche beaucoup plus quand c’est Les aveux de l’innocent.

Ca blesse oui, c’est un rendez-vous manqué, et après on ne peut plus le fixer.

 

Que regrettes-tu d’avoir fait dans ta vie, ou de ne pas avoir fait ?

 

Ce que je regrette : la rencontre de certaines personnes, j’aurai préféré éviter … mais on ne le sait qu’après.

Ce que je n’ai pas fait : je ne sais pas, car dans ma tête, je peux encore le faire … on ne le sais qu’à la fin de sa vie.

 

Si tu avais une priorité à défendre ou à partager avec ceux qui vont lire cette interview, que leur dirais-tu ?

 

Je dirai qu’il faut vivre sa vie, ne pas faire semblant, même si on se trompe !

Vivre à fond, ne pas se laisser polluer par les traditions, les modèles, les phrases bien faites … aller vers quelque chose de frais !

 

Pour conclure cet entretien, quel mot te vient à l’esprit ?

 

Vivre !

 

bruno putzulu..

 

 

 

Merci Bruno, pour cet entretien qui est rare de part une totale gentillesse, une douceur, une franchise, une humanité.

 

Site Bruno Putzulu

 

Crédit photos :DR

 

(interview michel p. / copyright flash-news)

Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 02:02
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